L’imparfait ou passé simple ? Mes élèves de CM2 savent conjuguer les deux temps, mais au moment de choisir, ils hésitent. C’est normal : ce choix ne relève pas de la conjugaison, il relève de la compréhension du récit. À la fin, choisir entre ces deux temps dans un récit deviendra un réflexe.
Cette leçon s’inscrit dans ma progression de conjugaison CM1 CM2 et complète mon article sur les valeurs du passé simple et ma leçon sur le passé simple CM1 CM2. Tu peux aussi retrouver toutes mes ressources sur la page Français CM1 CM2.
Imparfait et passé simple : deux temps du récit, deux rôles distincts
Dans un récit littéraire, l’imparfait et le passé simple ne sont pas interchangeables. Chacun a un rôle précis, et c’est leur complémentarité qui donne au texte narratif son rythme et sa tension. Comprendre ce binôme, c’est comprendre comment fonctionne la narration au passé dans la langue écrite soutenue.
L’imparfait est un temps à aspect imperfectif : il présente l’action comme en cours, non délimitée, sans début ni fin visibles. Il installe le décor, décrit les personnages, exprime les habitudes et les états.
Le passé simple est à l’opposé un temps à aspect perfectif : il présente l’action comme close, délimitée, vue dans sa globalité. Il exprime les événements ponctuels qui font avancer le récit, les ruptures, les coups de théâtre.
| Imparfait | Passé simple | |
|---|---|---|
| Aspect | Imperfectif — action en cours | Perfectif — action close |
| Rôle | Décor, description, durée, habitude | Événement, rupture, progression |
| Indices | pendant que, alors que, toujours, souvent | soudain, tout à coup, alors, enfin |
| Image | La toile de fond du récit | Les actions qui font bouger le récit |
Selon Eduscol pour le cycle 3, les élèves doivent être capables d’identifier et d’utiliser les temps du récit dans leurs écrits narratifs en comprenant leur valeur et non seulement leur forme.
Fiche 1 : L’emploi de l’imparfait ou du passé simple

Exercice 1 : Complète le tableau et classe les verbes conjugués
Texte support :
Le chat sauvage avait toujours faim, mais il ne savait pas chasser. C’était là son problème. Il n’arrivait même pas à attraper une souris ! Un jour, il décida de s’approcher du village indien, au pied du Rocher Pointu, pour voir s’il ne pourrait pas trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Il descendit la colline, longea le canyon et s’arrêta tout à coup devant un lapin endormi.
| Temps : Imparfait | Temps : Passé simple |
|---|---|
| Actions longues et descriptives | Actions courtes, successives et terminées |
| avait, savait, était, arrivait | décida, descendit, longea, s’arrêta |
Les quatre verbes à l’imparfait (avait, savait, était, arrivait) décrivent tous un état durable : la faim permanente du chat, son incapacité à chasser, sa situation générale. Ils plantent le décor du récit sans faire avancer l’action.
Les quatre verbes au passé simple (décida, descendit, longea, s’arrêta) enchaînent des actions précises et successives introduites par un jour. Chacune fait progresser le récit vers la rencontre finale avec le lapin. C’est le moteur narratif du texte.
Exercice 2 : Distinguer imparfait ou passé simple
Imparfait (actions longues, décor, états) : traversait, étions, venait, avançaient, regardaient
Passé simple (actions ponctuelles, ruptures) : proposa, éclata, vîmes, jaillit, trébucha, fractura, leva, dirigea
Points de vigilance : venait est à l’imparfait malgré la proximité de jaillit : il exprime ce que Célia était en train de faire, pas un événement ponctuel. Vîmes est le passé simple de voir : irrégulier de la famille en -is à mémoriser.
Exercice 3 : Entoure la bonne forme
Texte 1 — Le charpentier
Autrefois, dans un village tout en haut des montagnes, vivait un pauvre charpentier. Il avait beau être travailleur et compétent, édifier des charpentes du printemps à l’automne et s’employer l’hiver comme bûcheron, il n’en demeurait pas moins pauvre et ne pouvait nourrir ses enfants que de galettes sèches et de soupe bien claire.
Un jour, un torrent furieux dévala brusquement la montagne. Il emporta le pont, et le village fut coupé du reste du monde. Le seigneur du lieu vint aussitôt demander au charpentier de réparer le pont en trois jours contre cent pièces d’or. Le charpentier se mit au travail. Il dessina, scia, rabota. Mais, au bout de quelques jours, il se découragea. Il ne pouvait pas y arriver seul…
Imparfait : vivait, avait, demeurait, pouvait (×2) : états durables, habitudes, situation générale du charpentier.
Passé simple : dévala, emporta, fut, vint, se mit, dessina, scia, rabota, se découragea : enchaînement d’événements ponctuels qui font avancer le récit depuis l’arrivée du torrent jusqu’au découragement.
Point clé : fut (passé simple d’être) et vint (passé simple de venir) sont des irréguliers à mémoriser. Pouvait reste à l’imparfait même en fin de texte : il exprime une incapacité continue, pas un événement.
Texte 2 — La princesse
Il était une fois une superbe princesse qui vivait dans un magnifique château. Chaque jour, elle lisait, brodait, balayait. Elle était malheureuse. Un jour qu’elle s’ennuyait plus que d’habitude, elle partit à cheval dans la forêt. Elle galopait depuis une heure quand son cheval se cabra et s’arrêta. Devant lui, une grenouille coassait au bord d’une mare. Elle la regarda et la prit dans sa main. Aussitôt, la grenouille se transforma en un grand prince charmant. Ils s’embrassèrent et partirent ensemble.
Imparfait : était (×2), vivait, lisait, brodait, balayait, s’ennuyait, galopait, coassait — décor du château, habitudes quotidiennes, actions en cours au moment de la rupture.
Passé simple : partit, se cabra, s’arrêta, regarda, prit, se transforma, s’embrassèrent, partirent — tous les événements qui font basculer le conte vers le dénouement.
Point clé : galopait est à l’imparfait parce que c’est l’action en cours quand surgit la rupture (se cabra). C’est le même schéma que traversait / proposa dans l’exercice 2.
Fiche 2 : L’emploi de l’imparfait ou du passé simple

Exercice 1 : Recopie le texte en choisissant
Un chien vagabondait sur le chemin lorsqu’il entendit un bruit curieux. Une boule rousse passait devant ses yeux. Il regarda et vit un renardeau qui allait à l’aventure. Aussitôt, il se précipita à sa poursuite, mais l’autre était bien trop rapide et connaissait tous les fourrés. Au bout de quelques instants, le chien abandonna la poursuite.
Exercice 2 : Recopie les phrases en choisissant
a) La péniche se dirigeait vers l’écluse lorsqu’une vedette à moteur la rattrapa.
b) Le temps était nuageux, mais bientôt le soleil réapparut.
c) Je mangeais ma soupe lorsqu’il m’annonça la nouvelle.
d) Il passa devant moi, alors que j’étais caché derrière l’arbre.
e) Baptiste, qui était le plus grand, put attraper la pomme dans l’arbre.
Exercice 3 : Texte à trous
Il était une fois un pauvre paysan qui n’avait qu’une petite maison et une fille. Le roi apprit leur pauvreté et leur offrit un coin de pré que la fillette retourna avec son père pour y semer du blé. En travaillant la terre, ils découvrirent un mortier d’or pur.
Exercice 4 : Transposer au passé
Karim attachait ses lacets lorsqu’il aperçut son frère qui rentrait du collège.
Alors que tu essuyais la vaisselle, le téléphone se mit à sonner.
Ils attendaient l’autobus depuis vingt minutes lorsque celui-ci arriva enfin.
Je réfléchissais depuis longtemps et soudain je trouvai la solution.
Nous étions tous couchés lorsque quelqu’un sonna à la porte.
Exercice 5 : Transposer un texte entier au passé
Le vaisseau les ayant abandonnés, les naufragés demeurèrent à la merci des flots. Une vague les jeta enfin sur une plage rocheuse où leur tête heurta un caillou. Quand ils revinrent à eux, ils virent, à une faible distance, les traces d’un feu ainsi qu’un cheval qui broutait tranquillement. Pendant qu’ils regardaient l’animal, ils entendirent la voix d’un homme qui parlait sous terre. Ils se trouvèrent dans une grotte avec d’autres personnes. Tous étaient étonnés de les voir là.
La règle de choix en trois questions
Action faisant avancer le récit
Si l’action est un événement qui change quelque chose dans le récit (une arrivée, une chute, une décision, une rencontre) c’est le passé simple. Si l’action décrit ce qui se passait sans faire avancer l’histoire, c’est l’imparfait.
Le chat avait toujours faim, mais il ne savait pas chasser. — deux états qui durent, deux imparfaits.
Un jour, il décida de s’approcher du village. — une décision ponctuelle qui lance le récit, passé simple.
Marqueur de rupture
Certains mots signalent presque toujours le passé simple : soudain, tout à coup, brusquement, aussitôt, enfin, un jour. Quand ces mots apparaissent, l’action qui suit est presque toujours au passé simple : elle surgit et brise la continuité de l’imparfait.
Tous le regardaient, étonnés. Brusquement, Mathias se leva et se dirigea vers la porte.
regardaient : état continu, imparfait / se leva, se dirigea : rupture successive, passé simple.
Question 3 : Est-ce une action longue vue comme un bloc ou une durée ouverte ?
Un piège classique : une action longue n’est pas forcément à l’imparfait. Il régna pendant quarante ans est au passé simple parce que le règne est présenté comme un bloc fermé, avec un début et une fin. Il régnait sur un vaste royaume est à l’imparfait parce que le règne est présenté comme un état en cours, sans limite visible.
FAQ — Imparfait ou passé simple dans un récit
Comment savoir si on doit mettre l’imparfait ou le passé simple ?
La question à se poser est toujours la même : est-ce que cette action fait avancer le récit, ou est-ce qu’elle décrit ce qui se passait ? Si l’action est un événement précis — une arrivée, une chute, une décision, une rencontre — c’est le passé simple. Si elle exprime un état, une habitude, une description ou une action en cours au moment où survient un événement, c’est l’imparfait. Dans ma classe, je dis toujours à mes élèves d’imaginer le texte comme un film : l’imparfait, c’est le décor peint sur le fond de scène. Le passé simple, c’est ce qui bouge à l’écran. Les deux sont indispensables — un récit sans imparfait est sec et haché, un récit sans passé simple est immobile.
Peut-on avoir deux imparfaits dans la même phrase sans passé simple ?
Oui, et c’est même très fréquent dans les phrases descriptives ou les situations simultanées. Il passait devant moi, alors que j’étais caché derrière l’arbre. Les deux actions sont en cours en même temps, aucune ne fait avancer le récit — les deux sont à l’imparfait. C’est un cas que je travaille systématiquement en classe parce qu’il piège les élèves qui croient qu’il faut obligatoirement un passé simple dès qu’il y a deux verbes dans une phrase. La règle, c’est toujours le rôle de l’action dans le récit, pas le nombre de verbes.
Pourquoi lorsque et alors que introduisent-ils souvent un passé simple ?
Ces conjonctions introduisent une rupture dans le fil du récit : elles signalent qu’une action en cours est interrompue par un événement soudain. Le schéma classique est : imparfait + lorsque / alors que + passé simple. Je mangeais ma soupe lorsqu’il m’annonça la nouvelle. L’imparfait exprime l’action en cours, le passé simple exprime l’irruption qui l’interrompt. Attention cependant : lorsque peut aussi introduire un imparfait si les deux actions sont simultanées et descriptives. Lorsqu’il travaillait, il sifflotait toujours. C’est le sens qui décide, pas le mot de liaison.
Quelle est la différence entre il se mit à et il se mettait à ?
C’est une distinction que j’aime beaucoup travailler en CM2 parce qu’elle montre très clairement la différence d’aspect entre les deux temps. Il se mit à pleuvoir — passé simple — exprime le déclenchement précis de la pluie, le moment exact où elle a commencé. Il se mettait à pleuvoir — imparfait — exprime un processus en cours, progressif, sans début précis visible. Dans un récit, se mit à crée un effet de rupture, presque un coup de théâtre. Se mettait à installe une atmosphère. Cette nuance se retrouve avec beaucoup de verbes : il commença / il commençait, il décida / il décidait, il s’arrêta / il s’arrêtait. Le choix du temps change complètement l’effet produit sur le lecteur.
Le passé simple peut-il s’utiliser pour une action longue ?
Oui — et c’est l’un des points les plus mal compris par les élèves. Le passé simple n’exprime pas forcément une action courte : il exprime une action envisagée dans sa globalité, avec un début et une fin, peu importe sa durée réelle. Il régna pendant quarante ans est au passé simple parce que le règne est présenté comme un bloc temporel fermé et achevé.
Il régnait sur un vaste royaume est à l’imparfait parce que le règne est présenté comme un état en cours, sans limite visible. Dans les textes historiques, cette valeur est omniprésente : La guerre dura quatre ans. Les Romains occupèrent la Gaule pendant cinq siècles. Ce sont des durées longues, mais présentées comme des blocs fermés — d’où le passé simple.
Conclusion : Imparfait ou passé simple
Choisir entre l’imparfait et le passé simple, ce n’est pas une question de conjugaison : c’est une question de lecture du récit. L’imparfait installe, décrit, fait durer. Le passé simple surgit, bouscule, fait avancer. Dans tout texte littéraire, les deux temps fonctionnent ensemble comme un système : supprimer l’un ou l’autre, c’est casser le rythme et la tension du récit.
Retiens la règle essentielle : si l’action fait bouger le récit, c’est le passé simple. Si elle décrit ce qui se passait, c’est l’imparfait. Et quand tu vois soudain, tout à coup, brusquement, enfin : c’est presque toujours le passé simple qui suit.
Pour aller plus loin, retrouve ma leçon de référence sur le passé simple CM1 CM2, mon article sur les valeurs du passé simple et toute ma progression de conjugaison CM1 CM2. Tu peux aussi retrouver mes explications en vidéo sur ma chaîne YouTube SOS Cartables !
