Pourquoi les chouettes ululent est le conte que j’utilise en séance 8 pour approfondir le travail sur les péripéties du schéma narratif. Extrait de Mille ans de contes nature de Claude Clément, ce texte est à part dans la séquence : c’est le premier conte d’auteur contemporain identifié, et surtout le premier où les péripéties sont longues, enchaînées et riches en atmosphère : la petite chouette qui traverse la forêt la nuit pour trouver un chant dans un village endormi. Une séance d’analyse fine du schéma narratif, avec fiche de travail, correction collective et tableau de structuration.
→ Pour la définition et la structure du genre, consultez ma page contes des origines CM1 CM2. → Pour la fiche de référence du schéma narratif et le lexique des termes, consultez la séance 6+7 — le mille-pattes.
Ce que cette séance apporte de nouveau : les péripéties multiples
Dans les contes précédents de la séquence, les péripéties étaient courtes : parfois une seule action (le chameau qui dit « Bof ! », le corbeau qui se jette dans le feu).
Dans ce conte de Claude Clément, les péripéties s’enchaînent en plusieurs étapes : la chouette se réveille trop tard, trouve le tonneau vide, interroge l’ours, traverse la forêt la nuit, arrive dans le village endormi, cherche un chant, n’en trouve qu’un seul, imparfait mais unique.
C’est cette complexité des péripéties que je veux travailler ici : apprendre aux élèves à les repérer, les dénombrer, les distinguer de l’élément perturbateur et de la résolution. La fiche de référence du schéma narratif construite en séance 6+7 est l’outil de référence de cette séance.
📌 Eduscol précise dans les ressources d’accompagnement du programme de français cycle 3 que les élèves doivent être capables de « repérer les effets de la mise en texte sur la construction du sens » — identifier la structure des péripéties dans un conte étiologique, c’est exactement cela. → Ressources Eduscol — Français cycle 3
Reprise du schéma narratif en début de séance
Je commence toujours cette séance par une reprise rapide du schéma narratif : cinq minutes de révision à l’oral. Cette révision active prépare l’analyse du conte et s’assure que tout le monde a le même vocabulaire avant d’entrer dans le texte.

Lecture du conte : Pourquoi les chouettes ululent-elles ?
Je distribue le texte et demande une première lecture individuelle silencieuse (environ 8 minutes). Puis je lis le texte à voix haute en entier, en soignant particulièrement la description atmosphérique du village endormi (la chaumière allumée, les chandelles presque brûlées, les musiciens qui ronflent) : c’est le passage qui accroche les élèves et qui donne tout son caractère à ce conte.
Ce conte est extrait de Mille ans de contes nature de Claude Clément, je le précise toujours aux élèves : c’est un auteur contemporain, pas un conte traditionnel anonyme. Cette distinction prépare le travail ultérieur sur la notion d’auteur et d’œuvre.

Travail individuel (CM2) ou par binôme (CM1)
Après la double lecture, les élèves travaillent sur la fiche de compréhension. L’accent est mis sur les péripéties : je demande aux élèves de les lister dans l’ordre, en numérotant chaque étape. Cette consigne oblige à une lecture très fine du texte. Il faut distinguer ce qui est péripétie de ce qui est résolution.

4- Correction de la fiche sur les contes des origines
La correction collective a deux objectifs distincts. D’abord corriger les questions de compréhension factuelles. Ensuite, et c’est le cœur de la séance, construire collectivement la liste des péripéties dans l’ordre.
Je note au tableau les propositions des élèves et on les valide ou corrige ensemble. La question centrale que je pose : « Est-ce que « l’ours conseille à la chouette d’aller au village » est une péripétie ou la résolution du problème ? » Cela permet de clarifier que la résolution du problème n’est pas forcément la dernière action avant la situation finale, mais le moment où le problème est effectivement résolu.

Structuration : le schéma narratif complet de ce conte
Après la correction, on complète ensemble le tableau du schéma narratif. C’est la troisième fois que les élèves le font sur un conte différent. A ce stade, les CM2 doivent pouvoir le compléter en autonomie avant la mise en commun.

| Éléments du schéma narratif | Contenu : contes des origines |
|---|---|
| Situation initiale | Les oiseaux chantent tous n’importe comment. Leur vacarme dérange les autres animaux et empêche l’ours de dormir. |
| Élément perturbateur | L’ours organise une distribution de chants grâce à un tonneau. Tous les oiseaux choisissent un chant sauf la petite chouette qui dort encore. |
| Péripéties | – La chouette se réveille et trouve le tonneau vide. – Elle demande à l’ours quoi faire. – L’ours lui conseille d’aller au village. – Dans le village endormi, elle entend un garçon jouer de la contrebasse : « Hou… Hou… Hou… ». |
| Résolution | La chouette apprend ce chant et le rapporte dans la forêt. |
| Situation finale | Depuis, les chouettes et hiboux chantent toutes les nuits « Hou… Hou… Hou… ». |
Texte intégral : Pourquoi les chouettes ululent ?
Pourquoi les chouettes font-elles « Hou… hou… hou » ?
(Contes des origines de Claude Clément extrait de « Mille ans de contes nature »)
De nos jours, la forêt est un endroit paisible, plein de jolis chants d’oiseaux. Mais autrefois, il y a vraiment très longtemps, il en était tout autrement ! Les oiseaux chantaient tous n’importe quoi et n’importe comment.
Le rossignol croassait « Croa… Croa… », au risque de se casser la voix.
L’aigle criait « Coucou ! », en s’égosillant comme un fou. La pie se mettait à gazouiller, le corbeau à siffler, le pigeon à pépier et le moineau à roucouler. Ils faisaient un vacarme si épouvantable que les lapins, les sangliers et les biches s’étaient enfoncés de gros bonnets sur les oreilles afin de ne plus les entendre. Mais ça ne suffisait pas !
L’ours qui régnait en maître sur la forêt, était très contrarié. D’autant plus qu’il aimait bien faire sa petite sieste après son déjeuner et que ces cris désordonnés l’empêchaient de bien dormir. Aussi, un jour, décida-t-il de rassembler les oiseaux dans une grande clairière. Ils se rendirent à son invitation. Tous, sauf la petite chouette, car elle ne s’éveillait que le soir et dormait toute la journée. L’ours déclara :
— Je serai bref. Vous voyez ce tonneau ? Il est plein de chants d’oiseaux. Il y en a pour chacun d’entre vous. Choisissez bien celui qui vous appartiendra car vous le garderez toute votre vie. Vous ne pourrez plus en changer et il vous faudra l’enseigner à vos enfants et petits-enfants.
Les oiseaux se précipitèrent sur le tonneau et en retirèrent les chansons les unes après les autres. Ils se disputèrent bien un petit peu, mais ils finirent par se mettre d’accord et à avoir chacun la leur.
Quand la petite chouette s’éveilla, elle aperçut le tonneau vide auprès duquel l’ours lisait paisiblement son journal, car il n’avait pas encore sommeil. Elle demanda :
— Qu’est-ce que c’est que ce tonneau-là ?
L’ours expliqua et la petite chouette s’écria :
— Et moi ? Je n’aurai donc rien à chanter ?
L’ours réfléchit et finit par lui conseiller :
— Tu devrais aller au village qui se trouve de l’autre côté de notre grande forêt. J’ai entendu dire que les gens y font une fête. Ils dansent et chantent des chansonnettes. Peut-être en apprendront-ils une ?
La petite chouette trouva l’idée excellente. Elle vola longtemps à travers la forêt…
Quand elle atteignit enfin le village, les douze coups de minuit avaient déjà sonné. Tout était plongé dans l’obscurité. Il ne restait plus qu’une petite chaumière allumée.
Dedans, les chandelles étaient presque brûlées et le feu de la cheminée achevait de se consumer. Les gens étaient si fatigués d’avoir chanté et dansé qu’ils étaient tous endormis.
Certains venaient de s’écrouler sur la table, d’autres dessous… Des femmes s’étaient assoupies en berçant leurs enfants sur leurs genoux. Les musiciens ronflaient sur un banc… Dans un coin, pourtant, un petit garçon promenait encore en rêvant son archet sur son instrument. C’était une énorme contrebasse, deux fois grande comme lui et d’où s’élevait un étrange bruit : « Hou… Hou… Hou… »
— C’est la seule chanson qu’il me reste ! soupira la petite chouette. Elle n’est pas bien jolie mais ne sera pas difficile.
Elle l’apprit sans hésiter et retourna vers la forêt. Depuis, chaque nuit, ceux qui ne dormaient pas encore l’entendirent hululer doucement : « Hou… Hou… Hou… »
Plus tard, elle apprit ce refrain à ses enfants et petits-enfants.
C’est pourquoi, depuis des temps et des temps, dans cette forêt-là et celles de partout, les petites chouettes et les petits hiboux ululent tous : « Hou… Hou… Hou… »
Ce que ce conte apporte de particulier : un personnage qui ne mérite pas sa situation
C’est un point que je soulève toujours en fin de séance avec les CM2. Dans ce conte, la chouette n’a commis aucune faute : elle dormait simplement, comme elle en a l’habitude. Elle se retrouve avec le moins beau des chants non pas par punition, mais par malchance. C’est une variation importante par rapport aux contes du chameau, du corbeau ou de la scolopendre.
Je pose la question : « Est-ce que c’est juste ? » Les réponses divergent toujours et c’est le but. Cette discussion sur la justice et la chance dans les contes étiologiques prépare les élèves à nuancer leur production d’écrits en séance 10 : leur conte peut expliquer une particularité sans forcément punir un défaut.
Les compétences travaillées dans cette séance
| Compétence | Indicateur de réussite |
|---|---|
| Lire un texte littéraire long de façon autonome | L’élève lit le conte en entier, identifie les personnages principaux et comprend la situation globale sans aide. |
| Repérer et lister les péripéties dans l’ordre | L’élève identifie et numérote les cinq étapes des péripéties (réveil tardif, tonneau vide, conseil de l’ours, voyage nocturne, village endormi et découverte du « Hou »), en les distinguant de l’élément perturbateur et de la résolution. |
| Distinguer péripéties et résolution du problème | L’élève explique pourquoi le conseil de l’ours est une péripétie (le problème n’est pas encore résolu) et pourquoi l’apprentissage du « Hou » est la résolution (le problème est effectivement résolu). |
| Compléter le schéma narratif en autonomie | L’élève remplit les cinq cases du tableau du schéma narratif sans aide, en utilisant le vocabulaire spécifique acquis en séance 6-7. |
| Comprendre la particularité morale de ce conte | L’élève explique que la chouette n’est pas punie pour un défaut mais désavantagée par malchance — une variation par rapport aux autres contes de la séquence. |
| Débattre de la notion de justice dans un texte | L’élève participe au débat oral sur la justice et la malchance dans ce conte, en argumentant sa position avec des éléments précis du texte. |
FAQ — Pourquoi les chouettes ululent ? en CM1 CM2
Quel est le résumé du conte Pourquoi les chouettes ululent ?
Autrefois, les oiseaux chantaient tous n’importe comment. L’ours, pour mettre fin au vacarme, distribua des chants aux oiseaux depuis un tonneau. La petite chouette, qui dormait le jour, se réveilla trop tard et trouva le tonneau vide. L’ours lui conseilla d’aller chercher un chant au village. Elle traversa la forêt la nuit, trouva le village endormi, et n’entendit plus qu’un petit garçon jouer de la contrebasse : « Hou… Hou… Hou… » Elle apprit ce son et le transmit à ses descendants. Depuis ce jour, les chouettes et hiboux ululent « Hou… Hou… Hou… ».
Qui est Claude Clément et d’où vient ce conte ?
Claude Clément est une auteure française contemporaine de littérature jeunesse. Ce conte est extrait du recueil Mille ans de contes nature (Milan). Contrairement aux contes de Kipling ou aux contes africains anonymes utilisés dans les séances précédentes, c’est une œuvre d’auteur identifiée — ce qui permet de travailler la notion d’auteur et de faire la distinction entre conte traditionnel et conte littéraire d’auteur.
Pourquoi utiliser ce conte pour travailler les péripéties ?
Parce que les péripéties de ce conte sont plus longues et plus nombreuses que dans les contes précédents de la séquence : la chouette se réveille trop tard, interroge l’ours, traverse la forêt, arrive dans le village endormi, cherche un chant, n’en trouve qu’un imparfait. Cet enchaînement de plusieurs étapes permet de travailler précisément la définition des péripéties et de les distinguer de l’élément perturbateur et de la résolution.
En quoi ce conte est-il différent des autres contes de la séquence ?
Dans la plupart des contes étiologiques de la séquence, la transformation du personnage est liée à un défaut moral (paresse, orgueil, manque d’attention). Dans ce conte, la chouette n’a commis aucune faute — elle dormait simplement, comme d’habitude. Sa situation (avoir le moins beau des chants) est due à la malchance, pas à une punition. C’est une nuance importante qui enrichit la compréhension du genre et prépare la diversité des productions d’écrits en séance 10.
Comment utiliser la description du village endormi comme texte d’auteur ?
Le passage du village endormi (les chandelles presque brûlées, les musiciens qui ronflent, les femmes assoupies) est un exemple remarquable de description atmosphérique. Je le travaille avec les CM2 comme modèle d’écriture : quels mots créent l’atmosphère ? Comment Claude Clément rend-elle le silence et le sommeil ? Ces questions préparent les élèves à enrichir leurs propres productions d’écrits avec des détails sensoriels.
Combien de péripéties peut-on identifier dans ce conte ?
On peut identifier cinq péripéties distinctes : (1) la chouette se réveille et trouve le tonneau vide, (2) elle interroge l’ours, (3) l’ours lui conseille d’aller au village, (4) elle traverse la forêt la nuit et arrive dans le village endormi, (5) elle cherche un chant et n’en trouve qu’un — le « Hou » de la contrebasse. La résolution est le moment où elle apprend ce son et décide de le garder.
Conclusion
Pourquoi les chouettes ululent ? est une séance clé pour consolider la maîtrise du schéma narratif, et particulièrement la notion de péripéties. La richesse atmosphérique du texte de Claude Clément en fait aussi un modèle d’écriture précieux pour préparer la production d’écrits finale. À ce stade de la séquence, les élèves sont prêts pour les deux dernières séances : le hérisson et la production d’écrits.
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