Pourquoi le mille-pattes a-t-il autant de pattes : c’est le conte que j’utilise en séances 6 et 7 de ma séquence sur les contes des origines CM1 CM2, et c’est celui que mes élèves retiennent toujours le mieux. La scolopendre marchande de pattes qui finit par toutes les garder pour elle. Ces deux séances forment un ensemble cohérent autour de trois activités complémentaires : l’analyse des substituts grammaticaux dans la situation initiale, la reconstitution du conte sous forme de puzzle narratif, et la mise en place de la fiche de référence du schéma narratif. Un parcours complet qui articule étude de la langue et lecture littéraire.
→ Pour la définition et la structure du genre, consultez ma page contes des origines CM1 CM2. → Pour le lexique du genre et les formules rituelles, consultez la séance 1 et la séance 5 sur les situations initiales et finales.
Trois activités en deux séances : pourquoi ce choix pédagogique ?
Ces deux séances sont structurées en trois temps progressifs sur le même texte. D’abord l’analyse linguistique fine (substituts grammaticaux sur la situation initiale seule), puis la logique narrative globale (puzzle narratif sur le texte complet), enfin l’institutionnalisation (fiche de référence du schéma narratif). Ce mouvement zoom → dézoom → synthèse est particulièrement efficace pour que les élèves construisent une représentation solide du genre étiologique à la fois comme objet littéraire et comme structure linguistique.
📌 Eduscol précise dans les ressources d’accompagnement du programme de français cycle 3 que l’étude de la langue doit être articulée à la lecture littéraire — observer les substituts grammaticaux dans un conte étiologique, c’est exactement cette articulation. → Ressources Eduscol — Français cycle 3
Lecture et analyse de la situation initiale
Je commence par distribuer uniquement la situation initiale du conte. L’objectif est double : analyser les caractéristiques de la SI de ce conte précis, et travailler les substituts grammaticaux sur un texte court et dense.
Le texte de la situation initiale
Pourquoi le mille-pattes a-t-il autant de pattes ?
Dans les temps très anciens, quand le monde n’était pas tout à fait fini, la scolopendre vivait de son industrie : elle fabriquait des pattes et les vendait à qui en avait besoin. Cette industrie était fort prospère car les bêtes et gens n’étaient pas complets et avaient souvent besoin de pattes. S’ils en désiraient une, ou bien deux, ils se rendaient au marché, choisissaient à l’éventaire du mille-pattes celles qui leur plaisaient, payaient, et la marchande gagnait beaucoup d’argent.
Analyse de la situation initiale pour les contes des origines
Le titre correspond aux caractéristiques des contes étiologiques, il pose une question.
Pourquoi le mille-pattes a-t-il autant de pattes ?
Formule de la situation initiale : Dans les temps très anciens, quand le monde n’était pas tout à fait fini
Personnages : scolopendre ( mille-pattes – marchande) – bêtes – gens
Lieux : usine (industrie) où le scolopendre fabrique les pattes + marché où la scolopendre vend les pattes
Retour des élèves : La scolopendre vend beaucoup de pattes, elle est très riche. Elle vend des pattes car les gens ne sont pas complets.
Hypothèses : Que se passera-t-il si tous les gens ou les animaux sont complets ? Comment va réagir la scolopendre ? On parle de frustration et de colère, voire de tristesse.
Travail autour du vocabulaire : scolopendre – gens – éventaire – industrie :
Cliquez sur chaque vignette pour afficher la définition (tout est dans la vignette — pas de script utilisé).
Travail sur les substituts grammaticaux
C’est la dimension linguistique centrale de cette séance. Dans la situation initiale, la scolopendre est désignée par plusieurs expressions différentes :
- la scolopendre — nom propre de l’animal, première mention
- elle — pronom personnel sujet
- du mille-pattes — nom commun, synonyme
- la marchande — groupe nominal, caractérisation par son activité
Et les clients sont désignés par :
- les bêtes et gens — groupe nominal général
- ils / ils — pronoms personnels de reprise
On peut également revenir sur ce travail autour des substituts sur l’ensemble du conte.
Je demande aux élèves de colorier chaque groupe de substituts d’une couleur différente : les désignations de la scolopendre d’une couleur, celles des clients d’une autre. Ce travail visuel rend la cohérence textuelle immédiatement perceptible.
Les substituts pronominaux sont des mots qui remplacent un nom ou un groupe nominal pour éviter les répétitions dans une phrase ou un texte. En français, il s’agit principalement des pronoms.
Dans le cas de la scolopendre , on a utilisé des pronoms personnels (elle – je – moi) ou des groupes nominaux (la marchande – la marchande malchanceuse – le mille-pattes)

On pourra travailler sur les substituts des bêtes et des gens, de l’homme, du chien, du cheval et des pattes si le temps le permet.
En grammaire, un substitut est un mot ou un groupe de mots qui remplace un autre mot ou groupe de mots déjà présent dans le texte, pour éviter les répétitions.
Le puzzle narratif : reconstituer le conte
Le puzzle narratif est l’activité que mes élèves préfèrent dans toute la séquence. Le conte a été découpé en quatre extraits (A, B, C, D) dans le désordre. Les élèves doivent retrouver l’ordre logique du récit en s’appuyant sur des indices précis : les connecteurs temporels, les reprises nominales, la logique narrative, les pronoms de reprise.
Ce n’est pas un exercice de devinette : c’est un travail de raisonnement argumenté : chaque groupe doit justifier ses choix à l’oral lors de la mise en commun. J’insiste particulièrement sur les mots indices qui permettent de relier les extraits entre eux.

Les indices à repérer pour reconstituer le puzzle
Je guide les élèves avec ces questions : dans quel extrait le problème commence-t-il ? Quel mot ou expression relie l’extrait C à l’extrait B ? Quel extrait contient la formule de clôture étiologique ? Le mot « Mais l’homme » en début d’extrait B renvoie forcément à une mention de l’homme juste avant. Où est-elle ? La formule « Depuis ce jour » en rouge dans l’extrait A signale la situation finale : elle vient donc en dernier.
L’ordre correct est : Situation initiale → C → B → D → A
Extrait C
Mais, bientôt, ses affaires ne marchèrent plus. Bêtes et gens, finalement, eurent toutes les pattes dont ils avaient besoin et donc cessèrent d’en acheter. La scolopendre avait beau apporter au marché, des marchandises de choix, les chalands ne s’arrêtèrent plus à sa boutique.
« Des pattes, de belles pattes, achetez-vous des pattes ! » criait la scolopendre quand elle voyait un homme s’approcher.
Extrait B
Mais l’homme n’y faisait même pas attention.
Puis la marchande malchanceuse voyait un chien :
« Achète-toi des pattes, de très belles pattes ! »
Mais le chien, en aboyant, allait voir plus loin.
Si un cheval venait à paraître :
Extrait D
« Des pattes, achetez des pattes toutes neuves ! »
Mais le cheval hennissait sans interrompre son galop.
La scolopendre ne tenait plus de rage :
« Ah ! C’est comme ça ! Vous ne voulez pas de ces pattes superbes ! Vous pensez peut-être que je vais les jeter aux ordures ! Tout un mois de travail aux ordures ! Hé bien, non !
Extrait A
Vous n’en voulez pas : je les garde pour moi ! Y en aurait-il cent, y en aurait-il mille ! »
Depuis ce jour, la scolopendre n’a plus fabriqué ni vendu de pattes. Mais, celles qui n’ont pas été achetées, elle les a gardées pour elle.
Et c’est pour cela que maintenant, on l’appelle le mille-pattes !
Le texte complet reconstitué
Une fois le puzzle résolu collectivement, je distribue ou projette le texte complet pour validation. C’est aussi l’occasion de mettre en évidence le schéma narratif complet sur ce conte précis.

Le schéma narratif de ce conte
Je complète la séance par la mise en place du schéma narratif complet sur ce texte. C’est la troisième fois que les élèves travaillent ce schéma dans la séquence : à ce stade, ils doivent pouvoir le compléter en autonomie.
Situation initiale : La scolopendre fabrique et vend des pattes. Les bêtes et gens en ont besoin. Elle gagne beaucoup d’argent.
Élément déclencheur : Les bêtes et gens ont maintenant toutes les pattes dont ils ont besoin. Personne n’achète plus.
Péripéties : La scolopendre essaie de vendre à l’homme, au chien, au cheval sans succès. Sa rage monte.
Résolution du problème + situation finale : Elle décide de garder toutes les pattes invendues pour elle. Depuis ce jour, on l’appelle le mille-pattes.


Mise en place du schéma narratif pour les contes des origines
C’est l’aboutissement des deux séances. Après le puzzle narratif et l’analyse des substituts, les élèves ont maintenant tous les éléments pour compléter la fiche de référence du schéma narratif en groupe classe. C’est la première fois dans la séquence qu’on institutionnalise le schéma narratif complet avec le vocabulaire spécifique : situation initiale, élément perturbateur, péripéties, résolution du problème, situation finale. Cette fiche sera réutilisée dans toutes les séances suivantes et pour la production d’écrits.

| Éléments du schéma narratif | Contenu dans le conte |
|---|---|
| Situation initiale | La scolopendre fabrique des pattes et les vend aux bêtes et aux hommes. Elle fait fortune. |
| Élément perturbateur | Les clients n’ont plus besoin de pattes, les affaires de la scolopendre ne marchent plus. |
| Péripéties | Elle tente de vendre ses pattes aux hommes, aux chiens, aux chevaux… mais personne ne veut en acheter. |
| Résolution du problème | En colère, la scolopendre décide de garder toutes ses pattes pour elle-même. |
| Situation finale | Depuis ce jour, elle garde toutes les pattes et devient le « mille-pattes ». |
Les compétences travaillées dans cette séance
| Compétence sur les contes des origines | Indicateur de réussite sur les contes des origines |
|---|---|
| Comprendre ce que sont les contes des origines | L’élève explique qu’un conte des origines (ou conte étiologique, conte du pourquoi) raconte de manière imaginaire l’origine d’un phénomène naturel, d’une particularité d’animal ou d’un comportement humain. |
| Identifier les caractéristiques des contes des origines | L’élève repère qu’un conte des origines a souvent un titre en forme de question, une situation initiale « il y a très longtemps », une transformation qui explique l’origine, puis une situation finale qui ressemble au monde d’aujourd’hui. |
| Repérer la structure du récit | L’élève retrouve dans un conte des origines les étapes du récit : situation initiale, événements qui provoquent la transformation, situation finale qui explique « pourquoi c’est comme ça maintenant ». |
| Observer la langue du conte des origines | L’élève remarque l’utilisation fréquente de temps du passé (imparfait, passé simple) avec parfois une dernière phrase au présent, ainsi que des connecteurs de temps (« un jour », « puis », « longtemps après »). |

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