Le Renard et le Bouc (CM1 CM2) clôture ma séquence « fables » et ce n’est pas un hasard si je choisis cette fable pour l’évaluation finale. Elle réunit en un seul texte toutes les compétences travaillées depuis huit séances : la compréhension d’un récit complet, les pronoms de reprise, les rimes, la morale, et le lexique en contexte. C’est l’évaluation que je propose pour vérifier que mes élèves ont vraiment intégré les outils de lecture analytique construits tout au long de la séquence pas seulement sur cette fable, mais sur le genre fable dans son ensemble.
→ Pour la séquence complète, consultez ma page Fables CM1 CM2.
→ Pour le travail sur les rimes, consultez la séance 6 : La Cigale et la Fourmi.
Pourquoi cette fable pour l’évaluation finale ?
Le Renard et le Bouc est une fable que je n’ai pas étudiée en lecture analytique avant cette séance : c’est délibéré. Je veux vérifier que les élèves peuvent appliquer en autonomie les outils construits sur d’autres textes : repérer les pronoms de reprise comme sur L’Âne chargé de sel, identifier les rimes comme sur La Cigale et la Fourmi, formuler la morale comme sur toutes les fables précédentes. Si un élève réussit cette évaluation, c’est qu’il a compris le genre : pas seulement mémorisé une fable.
📌 Eduscol rappelle dans ses ressources d’accompagnement du programme cycle 3 que l’évaluation doit vérifier le transfert des compétences sur un texte non travaillé en classe — c’est exactement la logique de cette évaluation finale. → Ressources Eduscol — Français cycle 3
Le texte : Le Renard et le Bouc
Je distribue le texte sans aucune indication préalable : c’est une évaluation, pas une nouvelle séance de découverte collective.
Capitaine Renard allait de compagnie
Avec son ami Bouc des plus haut encornés.
Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ;
L’autre était passé maître en fait de tromperie.
La soif les obligea de descendre en un puits.
Là chacun d’eux se désaltère.
Après qu’abondamment tous deux en eurent pris,
Le Renard dit au Bouc :
Que ferons-nous, Compère !
Ce n’est pas tout de boire ; il faut sortir d’ici.
Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi :
Mets-les contre le mur. Le long de ton échine
Je grimperai premièrement ;
Puis sur tes cornes m’élevant,
A l’aide de cette machine,
De ce lieu-ci je sortirai,
Après quoi je t’en tirerai.
Par ma barbe, dit l’autre, il est bon ; et je loue
Les gens bien sensés comme toi.
Je n’aurais jamais, quant à moi,
Trouvé ce secret, je l’avoue.
Le Renard sort du puits, laisse son
Compagnon, Et lui fait un beau sermon
Pour l’exhorter à patience.
Si le Ciel t’eût, dit-il, donné par excellence
Autant de jugement que de barbe au menton,
Tu n’aurais pas à la légère
Descendu dans ce puits.
Or adieu, j’en suis hors ;
Tâche de t’en tirer, et fais tous tes efforts ;
Car, pour moi, j’ai certaine affaire
Qui ne me permet pas d’arrêter en chemin.
En toute chose il faut considérer la fin.
Jean de La Fontaine

Partie 1 : Questionnaire de compréhension
Six questions vérifient la compréhension globale du récit. Les élèves répondent en autonomie complète, sans aide collective : c’est le principe d’une évaluation.
- Présenter ce document.
- Quels sont les personnages de cette histoire ?
- Pourquoi descendent-ils dans le puits ?
- Qui trouve la solution pour sortir du puits ?
- Que devient le Bouc ?
- Surligne ou colorie la morale de cette fable. Explique la morale en quelques mots.
Ce que je vérifie particulièrement à la question 5 : est-ce que l’élève comprend que le Bouc reste prisonnier du puits ? C’est le cœur de l’histoire : le Renard utilise le Bouc comme marchepied, sort, et l’abandonne. Beaucoup d’élèves comprennent l’astuce du Renard sans percevoir immédiatement la trahison qui suit.
Partie 2 : Lexique en contexte
Trois expressions à choix multiples vérifient la compréhension du vocabulaire en contexte : une compétence travaillée depuis la séance 1 sur le vocabulaire du désert et de la course dans les contes des origines, puis réinvestie sur chaque fable.
| Expression | Réponse A | Réponse B | Bonne réponse |
|---|---|---|---|
| Ne pas voir plus loin que son nez | Ne pas prévoir les choses | Anticiper les choses | A |
| Faire un sermon | Faire la morale | Faire la liste des qualités | A |
| Prendre à la légère | Porter une charge légère | Agir sans réfléchir | B |
Ces trois expressions ne sont pas choisies au hasard : elles caractérisent chacune un personnage ou une situation de la fable.
Ne pas voir plus loin que son nez décrit le Bouc dès le premier vers.
Prendre à la légère résume sa faute.
Faire un sermon qualifie le discours moralisateur et hypocrite du Renard une fois en sécurité.
Partie 3 : Les pronoms de reprise
C’est l’exercice le plus exigeant de l’évaluation : directement issu du travail mené depuis la séance 3 sur L’Âne chargé de sel. Huit pronoms sont soulignés dans le texte ; les élèves doivent identifier à qui chacun renvoie.
| Pronom souligné | Vers | Renvoie à |
|---|---|---|
| les | v.5 | le Renard et le Bouc |
| eux | v.6 | le Renard et le Bouc |
| je | v.12 | le Renard |
| je | v.19 | le Bouc |
| lui | v.22 | le Bouc |
| tu | v.26 | le Bouc |
| j’ | v.27 | le Renard |
| me | v.30 | le Renard |
Cet exercice révèle un piège intéressant : les pronoms je et j’ renvoient parfois au Renard, parfois au Bouc, selon qui parle dans le dialogue. Un élève qui réussit cet exercice a vraiment compris la structure du dialogue rapporté, pas seulement la notion abstraite de pronom de reprise.
Partie 4 : Identifier les rimes
Dernier exercice, directement issu du travail mené en séance 6 sur La Cigale et la Fourmi. Les élèves colorient les rimes de deux extraits et indiquent leur type : croisées, embrassées ou suivies (plates).
| Extrait | Rimes | Type |
|---|---|---|
| Capitaine Renard allait de compagnie Avec son ami Bouc des plus haut encornés Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez L’autre était passé maître en fait de tromperie | compagnie/tromperie, encornés/nez | Rimes embrassées (ABBA) |
| La soif les obligea de descendre en un puits Là chacun d’eux se désaltère Après qu’abondamment tous deux en eurent pris Le Renard dit au Bouc : Que ferons-nous, Compère | puits/pris, désaltère/Compère | Rimes croisées (ABAB) |
Les deux extraits de cette évaluation utilisent des rimes croisées et embrassées (un bon point de comparaison avec les rimes plates dominantes dans La Cigale et la Fourmi). Je demande explicitement aux élèves de justifier leur réponse en identifiant les sons qui se répètent, pas seulement de cocher une case.
La grille d’évaluation : 5 compétences
Cette grille synthétise tout le travail de la séquence. Chaque compétence est évaluée sur quatre niveaux : non acquis (NA), en cours d’acquisition fragile (EA-), en cours d’acquisition solide (EA+), acquis (A).
| Compétence | NA | EA- | EA+ | A |
|---|---|---|---|---|
| Comprendre globalement un texte court (fable) | ||||
| Comprendre les reprises anaphoriques (pronoms) | ||||
| Connaître les différents types de rimes | ||||
| Comprendre la morale d’une fable | ||||
| Comprendre le sens d’une expression en fonction du contexte |
Ces cinq compétences ne sont pas arbitraires : elles correspondent exactement aux cinq grands axes travaillés depuis la séance 1 : la compréhension globale (toutes les séances), les pronoms et substituts (séance 3 notamment), les rimes (séance 6), la morale explicite et implicite (toutes les fables), et le lexique en contexte (chaque séance). Cette grille me permet d’identifier précisément où se situent les difficultés résiduelles de chaque élève avant de passer au silo suivant.
Bilan de la séquence fables
Cette évaluation marque la fin d’une séquence de neuf séances qui a mené mes élèves de la découverte de La Fontaine aux fables jusqu’à l’analyse autonome d’un texte inconnu.
Entre les deux, ils ont rencontré Ésope et Phèdre, comparé trois versions d’une même fable, analysé la personnification, débattu de la morale, étudié le rapport de force dans un dialogue, et découvert ce qu’est une parodie.
Ce que je retiens chaque année de cette séquence : les fables sont le genre qui transforme le plus visiblement la posture de lecteur de mes élèves. Ils n’attendent plus qu’on leur donne le sens : ils le cherchent, le discutent, parfois le contestent. C’est exactement ce que vise l’enseignement de la littérature au cycle 3.
FAQ — Évaluation finale fables CM1 CM2
Quelles compétences évaluer en fin de séquence fables CM1 CM2 ?
Cinq compétences principales : la compréhension globale d’un texte court, le repérage des reprises anaphoriques (pronoms et substituts), la connaissance des types de rimes, la compréhension de la morale (explicite ou implicite), et la compréhension du lexique en contexte. Ces cinq axes correspondent aux notions travaillées sur l’ensemble de la séquence, de la séance 1 à la séance 9.
Pourquoi évaluer sur un texte non étudié en classe ?
Pour vérifier le transfert des compétences plutôt que la simple mémorisation. Un élève qui a appris par cœur l’analyse du Corbeau et le Renard peut réussir une évaluation sur ce texte sans avoir vraiment compris les outils utilisés. En proposant Le Renard et le Bouc — jamais étudié en classe — je vérifie que les élèves savent appliquer seuls les méthodes de lecture analytique.
Quelle est la morale du Renard et le Bouc ?
La morale est formulée à la toute fin : En toute chose il faut considérer la fin. Autrement dit, il faut réfléchir aux conséquences avant d’agir — le Bouc a accepté la solution du Renard sans se demander ce qu’il deviendrait une fois le Renard sorti du puits. C’est une variante de la morale du Corbeau et le Renard : se méfier de la ruse et de la flatterie.
Comment travailler les pronoms de reprise à partir d’une fable ?
En soulignant des pronoms dans le texte et en demandant aux élèves d’identifier précisément à qui chacun renvoie. Les dialogues de fables sont particulièrement riches pour cet exercice car les pronoms je, tu, il changent de référent selon le personnage qui parle — ce qui force une lecture attentive plutôt qu’une réponse automatique.
Quels types de rimes trouve-t-on dans les fables de La Fontaine ?
On trouve les trois grands types : les rimes plates ou suivies (AABB, dominantes dans La Cigale et la Fourmi), les rimes croisées (ABAB, dominantes dans Le Renard et le Bouc), et les rimes embrassées (ABBA, plus rares). La Fontaine varie volontairement ces structures pour créer des effets de rythme différents selon les fables.
Conclusion : Le Renard et le Bouc CM1 CM2
Le Renard et le Bouc boucle la séquence fables sur une note juste : un texte qui ressemble à tous ceux qu’on a étudiés, mais que les élèves doivent affronter seuls. Voir un élève dérouler de mémoire la méthode de repérage des pronoms ou identifier sans aide le type de rimes, c’est la meilleure preuve qu’une séquence a fonctionné.
Retrouvez l’ensemble de la séquence sur ma page Fables CM1 CM2 et suivez les prochaines séances en vidéo sur → @soscartables
